« Le carnet de Modelet »

Modelet. Illustration de Zbigniew Rychlicki.

POURQUOI JE M’APPELLE MODELET

Je suis un petit bonhomme en pâte à modeler.
C’est pourquoi je m’appelle Modelet.
J’ai un joli logement : une petite pièce en bois rien que pour moi. Dans la pièce à côté habite une grassouillette gomme blanche, avec un dessin de souris dessus. Tout près de la gomme sont logés quatre becs de plume, affûtés et brillants. De l’autre côté, dans un long couloir, habitent une plume, un crayon et un canif. Au début, je ne savais pas comment s’appelait notre maison. Maintenant je le sais : c’est un plumier.
La maîtresse de notre maison est la petite Toinette.
Une fois, en cours de dessin, je m’étais assis dans la rainure du pupitre aux côtés du crayon. C’est lui qui m’avait dit d’où je venais.
Ça s’était passé comme ça :
Au premier cours, juste après les vacances, on avait fait de la pâte à modeler. L’institutrice en avait distribué, de la rouge et verte, et les enfants en avaient fait tout ce qu’ils voulaient. Paulette avait fait un nid avec des petits œufs dedans. Vincent avait fait des petits champignons. Les garçons assis près de la fenêtre avaient fait des avions. Et Toinette m’avait fait moi : un tout petit bonhomme.
J’ai un grand nez rouge, des oreilles décollées et des culottes vertes. Toute la classe m’avait trouvé très mignon.
Dès que Toinette eut fini mes yeux avec son crayon, je me suis mis à regarder de tous les côtés. Dès qu’elle m’eut collé des oreilles, je me suis mis à écouter ce qui se passait en classe.
C’est ainsi que je vois et entends tout, bien installé dans le plumier à Toinette.

À PROPOS DU CAHIER ROUGE

La plume et le bec de plume n’aiment pas le cours de dessin, car ils doivent rester dans le plumier.
Mais nous – Toinette, le crayon, le canif, la gomme et moi, Modelet – nous l’aimons le plus.
C’est follement gai, le cours de dessin : nous sautons tous du plumier. Le crayon et la gomme volent sur le papier et la gomme efface tout ce que le crayon a dessiné.
Le crayon se casse constamment le nez et le canif – couic, couic ! – doit le lui tailler. Moi, je reste assis dans ma rainure, près de l’encrier, à regarder.
Hier, on a fait des découpages. C’était encore plus amusant.
Des ciseaux brillants et des papiers colorés ont sauté du sac. Toinette coupait et collait des morceaux de papier.
C’était vraiment très joli.
À la fin, il est resté beaucoup de chutes de papier. Je les ai ramassées et assemblées.
J’ai demandé au canif de me les découper.
J’ai demandé au bec de plume de me les trouer.
J’ai demandé au fil de me les coudre.
Ainsi, j’ai un petit cahier, tout comme celui de Toinette.
Mon cahier a des feuilles blanches et une couverture rouge. Il est grand comme un ongle de Toinette. Je l’ai mis dans mon petit chez moi, tout au fond du plumier.
J’ai ramassé les nez cassés du crayon, avec lesquels j’écris dans mon cahier. Je tiens un carnet.
Je décrirai tout ce qui se passe dans notre école.

Plastusiowy pamiętnik (Le carnet de Modelet), Maria Kownacka, 1936 ; Wrocław : Siedmioróg, 2016, illustré par Zbigniew Rychlicki. Traduction du polonais : Monika Szymaniak.

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