« L’étrangère »

« Portrait de madame Błeszyńska », Leopold Gottlieb, 1934.
« Portrait de madame Błeszyńska », Leopold Gottlieb, 1934.

Rose décida de se venger. De la Pologne, où le malheur lui était arrivé, et des hommes. Sa beauté éclatait alors comme des habits princiers ; dans la rue, toutes les têtes se retournaient sur son passage. Elle ne voulut point de jolis damoiseaux ni de vieillards puissants ; elle le voulut lui, Adam, paisible et insignifiant, pour l’écraser sous le poids de sa beauté, lourde comme un immense bloc de pierre. Lui, qui ne pouvait rien lui offrir en échange de ce don cruel — ni la volupté, ni la richesse —, pour ne lui devoir aucune reconnaissance. Elle le voulut lui, un veule étudiant pétersbourgeois, un volume de Darwin sous le bras, une image de la Vierge de Częstochowa dans la poche, avec sa barbe de moujik russe et son cœur vistulien romantique.

Fraîchement diplômé de mathématiques, il venait de rentrer au pays, où sa famille faisait des neuvaines et fondait des messes pour qu’il se contente d’une carrière mineure, ne serait-ce d’un emploi subalterne à la poste, au lieu de retourner dans la Russie orthodoxe. Ses sœurs dénichèrent Rosa. Elles sentaient bien qu’il fallait lui offrir quelque chose en consolation de ses projets ambitieux. On décida de lui donner une épouse extraordinaire. Une belle violoniste, qui éclipserait les haquenées de ses cousins et leurs belles dots.

Rose jouait habilement des prunelles, abaissait ses longs cils, serrait ses hanches dans des princesses en cachemire, puis offrit à Adam sa main vengeresse.

Ils se marièrent à la Notre-Dame de Leszno. Toute enveloppée de tulles blancs, Rose laissa les bonnes bourgeoises, les petites nobles larmoyantes et les oncles barbouillés de tabac embrasser ses joues ambrées d’Azov. Elle baissa la tête et sourit tendrement, lorsqu’ils déclaraient, en bavant de plaisir :

— Sois la bienvenue, noble demoiselle, fille adorable des martyres de la sainte cause polonaise, dans notre famille modeste, mais — que Dieu nous en soit témoin — honnête ! Nous mettons le sort d’Adam entre tes mains. Attache-le à cette terre de misère ! Travaillez et procréez ici !

Les sœurs, suivi du papa maire, s’en allèrent, heureuses, à Nowe Miasto ; un mois plus tard, Rose amenait Adam à Saratov, où l’on cherchait un jeune mathématicien pour un poste vacant dans un gymnase réel.

Ah, elle la tenait bien haute sa tête avec son nez merveilleux — diese, diese… o ja… wunderschöne Nase —, lorsqu’elle se promenait à Saratov ! Elle s’habillait en noir. Ce deuil était l’unique concession qu’elle faisait encore à Michel. Elle se parait d’une longue rotonde à col Marie Stuart et d’un minuscule chapeau à aile de corbeau, rabattu sur le front. Elle portait des robes moulantes à jabot de dentelle et se coiffait en bandeaux très lisses, séparés au milieu par une raie, en laissant juste quelques boucles floconneuses sur la nuque. Ses mains, sans bagues, étaient nerveuses et lourdes. Lorsqu’elle tendait sa main, on avait l’impression de serrer un objet inanimé, mais brûlant.

Deux enfants, engendrés par la nuit la plus noire, naquirent de leur union. Le jour, Adam n’osait pas l’approcher ; elle vaquait dans la maison, en tenue adaptée au moment de la journée, distante, refusant toute forme de familiarité. Chaque mouvement, chaque mot froid était plein de coquetterie. Elle le rendait fou de jalousie, car elle avait la même allure accorte et aguicheuse envers tous les hommes.

La nuit, elle restait couchée immobile. Elle n’allait pas rendre à Adam la possession plus facile. La vision seule de son corps rose et lisse n’était-elle pas un butin sans prix ?

Un jour, Adam rentra à la maison de manière inattendue, deux heures à peine après être sorti au gymnase. Dans le salon, assis au piano, il trouva gospodin Krylenko, président de tribunal de district, Petit-Russe aux yeux couleur de saphir, mélomane connu dans la ville. Rose se tenait près de lui. Son bras prolongé de la main qui tenait l’archet, inerte, pendait entre les plis de sa robe noire, à une distance indécente de la poitrine apoplectique de Krylenko. Rose était toute rayonnante de sa beauté maléfique. C’est alors qu’Adam fit la folie de lever sa canne, de crier d’une voix enrouée par la colère : « Dehors ! Dehors ! » et de montrer la porte au président, en agitant convulsivement son bras. C’est alors aussi que Rose, pour la première fois dans son mariage, fit apparaître en pleine lumière son visage contracté par des sentiments passionnés.

— Idiot ! Idiot ! s’écria-t-elle. Mille fois idiot ! De quoi tu as peur ? Pourquoi tu rages ? Je n’aimerai jamais personne, tout ça, le monde entier, est fermé à jamais pour moi ! Je suis une femme misérable, malheureuse, née au mauvais moment !

Suivirent de longues années de bonne santé, de beauté épanouie, de jupons de soie de perse bruissants, de victoires fréquentes et faciles sur les désirs masculins. Rose prit goût à ce jeu-là : elle faisait souffrir les hommes comme on boit de l’alcool — pour se soutenir.


L’étrangère (Cudzoziemka), Maria Kuncewiczowa, 1936. Traduction du polonais : Monika Szymaniak.

« La terre promise »

« Les usines », Karol Hiller, 1929.
« Les usines », Karol Hiller, 1929.

Les machines à vapeur tour à tour tiraient les cordes des wagons remplis, s’entrecroisaient, enlevaient des wagons vidés, vomissaient des tourbillons de fumée, puis, en sifflant, en rugissant, en s’entrechoquant avec un bruit métallique, traversaient les fumées et les poussières ou, décrochées des trains, glissaient vers les remises avec un hurlement terrible.

Plus bas, des entrepôts enveloppés d’un brouillard de fumées noires s’élevaient mille voix fébriles entremêlées ; on entendait des hennissements sauvages de chevaux, des sifflements de fouets, des cris de charretiers, des roulements de voitures dans les rues et le sourd grondement de la ville environnante, coiffée de fumées.

Wilczek travaillait d’arrache-pied, courant entre le bureau, les tas de charbon, le remblai, les rouliers en route vers la station ; il circulait entre les chariots, il pataugeait dans la boue ; enfin, mort de fatigue, il s’assit sur le bord d’un wagon vide pour souffler.

Le soleil se couchait, les rougeurs du soir se répandaient sur le ciel en flots de pourpre et ensanglantaient les toits luisant de zinc où roulaient des volutes de fumées rousses ; l’obscurité s’épaississait, une grisaille morne, trouble, inondait les rues, rampait sur les murs, envahissait les ruelles, brouillait les contours, éteignait les couleurs, absorbait les dernières lueurs du jour, enveloppait la ville dans les haillons sales du crépuscule, d’où commençaient à émerger des feux pâles.

La nuit tombée, la ville s’incendia ; les bruits montèrent, les fracas s’amplifièrent, les roulements s’intensifièrent, les cris redoublèrent, jusqu’à ce que tous les sons s’unissent dans un chœur épouvantable, chanté par des voix innombrables de machines et d’humains, qui faisait vibrer l’air et trembler la terre.

Fébrile, Łódź accomplissait son travail nocturne.

— Restes de noblesse ! Bientôt, vous vous en irez tous au diable ! — grommela Wilczek, ne pouvant oublier Borowiecki, et il cracha avec mépris, appuya son menton sur ses mains et contempla le ciel.

Une voix provenant d’une rue déserte le réveilla.

Son miché
C’est à la place Geyer
Qu’elle l’a trouvé
Tralalère !

Chanta la voix, puis elle se perdit dans le lointain et dans la nuit.

Wilczek descendit au bureau, régla le reste des affaires, expédia les derniers chariots.

Il ordonna de tout fermer, prit son dîner, préparé par un ouvrier, et sortit.

Il aimait flâner, observer les gens et les usines, prendre le pouls de la ville ; il aimait respirer cet air vibrant, imprégné de charbon et d’odeur de peinture. La puissance de cette ville l’éblouissait, les richesses colossales accumulées dans les entrepôts et les usines allumaient dans ses yeux une lueur de cupidité, embrasaient son âme des rêves les plus fous, attisaient son désir de domination et de jouissance ; le tourbillon frénétique de la vie, le torrent d’or qui arrosait la ville l’enivraient, l’hypnotisaient, le faisaient tressaillir d’un désir inexprimable, lui donnaient la force de se battre, de vaincre, de la mettre à sac.

Il aimait cette « terre promise », comme un prédateur aime les forêts vierges profondes qui abondent en proies. Il adorait cette « terre promise » où coulaient l’or et le sang, il la désirait, il la convoitait, il tendait vers elle ses mains rapaces et criait d’une voix de victoire, d’une voix de faim : « À moi ! Elle est à moi ! » Parfois, il lui semblait qu’il en avait définitivement pris possession et qu’il ne lâcherait pas sa proie avant d’en sucer tout l’or.


La terre promise (Ziemia obiecana), Władysław Stanisław Reymont, 1899. Traduction du polonais : Monika Szymaniak.

« Les ferments »

« Quelle oie ! Ça veut conquérir et gouverner le monde ! » murmura Janka ironiquement. Cela l’exaspérait qu’une bonne femme stupide partage ses rêves d’autrefois et d’aujourd’hui. Elle ne voulait même pas lui reconnaître ce talent qu’elle pressentait pourtant, puisque quelque chose comme un semblant de jalousie lui lacérait l’âme de ses griffes tranchantes. Elle se mit à arpenter la pièce. « Oui, c’est comme ça dans le monde, celle-là triomphera et gagnera tout, pensait-elle, tandis qu’elle, qui avait mis toute sa vie dans ses rêves et payé leur réalisation de tant de larmes et de déceptions, elle resterait dans cette misérable ville de province et marierait cette espèce de rustre ! »

« La dormeuse au chat », Władysław Ślewiński, 1896.
« La dormeuse au chat », Władysław Ślewiński, 1896.

Elle poussa furieusement la chaise qui lui barrait le passage. Elle, elle accoucherait de ses enfants, elle veillerait sur son ménage, elle vivrait dans ce monde qui l’avait giflée dimanche dernier ; elle sourirait à cette vieille paysanne, sa belle-mère, qui s’acquittait naguère des corvées avec sa propre servante, elle appellerait “père” cet ivrogne, ce coureur de tavernes, elle serait femme du fils d’un ancien tenancier, de ce roturier de Grzesik !

Cette fois-ci, elle bouscula un fauteuil et l’envoya contre le mur opposé. Ainsi, elle devrait vivre ainsi ! Mais pourquoi ? Pour quoi faire ? Pour, un trousseau de clefs à la ceinture, des bottines éculées aux pieds, faire le tour des porcheries, contrôler les traites, quereller les domestiques ; pour aller à l’église le dimanche et recevoir parfois chez elle cette bande d’idiots et d’imbéciles, ce troupeau d’oies et de commères ; pour toujours s’aplatir, toujours surveiller son âme, toujours être gardienne de son passé, pour qu’aucun écho de sa vie d’avant ne parvienne aux oreilles des bien-pensants, pour que personne ne lui jette au visage : “Théâtreuse !”, “Ancienne actrice !” Pour se diminuer, pour étouffer son âme, tout désir d’une vie plus large, toute ambition plus élevée que celle de parvenir, pour s’avilir au point de rentrer sans grommeler sous le joug de la très médiocre vie quotidienne !

« C’est ça que je dois faire ? C’est comme ça que je dois vivre, moi ? Non, non, non ! » s’écria-t-elle, transportée de colère, emportée par la révolte d’une âme consciente de ses propres forces. « Non ! Que le monde s’écroule, que tout tombe en ruine autour de moi, peu importe, j’irai où je veux, je vivrai à pleins poumons, là où personne ne me dira : “Ce n’est pas possible !”, “Ce n’est pas convenable !”, “Ce n’est pas permis !” »

Soudain, comme des oiseaux effrayés par un autour, ses pensées s’envolèrent et commencèrent à tourbillonner confusément en un méli-mélo de scènes, d’images, de souvenirs, de couleurs et de voix ; ébranlée, secouée par quelque vent puissant, son âme s’évadait dans ce monde rêvé et désiré, le monde du soleil, de l’action, de la vie large et libre.

Elle s’assit et resta pendant un long moment à envisager froidement la situation.

« Oui, j’irai faire du théâtre, j’ai du talent, je dois en avoir… Je réclamerai ma dot, pour ne plus vivre dans la misère. J’irai faire du théâtre ! » Elle se disait tout cela à haute voix et dans sa tête défilaient les silhouettes des gens qu’elle avait connus à Varsovie, ces pseudo-artistes qui constituaient le théâtre et ces individus qui composaient le public, toutes leurs misères et tous les détails quotidiens stupides de leurs vies, qu’elle examinait maintenant à la lumière crue de la vérité, ces querelles et intrigues incessantes, ces mesquineries, tout ce marécage de crapulerie et de fange, tous ces hystériques méchants et pourris jusqu’à l’os, qu’ils étaient maintenant à ses yeux. Et le public, tous ces Zaleski, Grzesikiewicz, Babiński, Świerkoski, des masses imbéciles, sauvages et barbares, qui cherchaient au théâtre un piment pour leur sens blasés, une excitation, un amusement.

« Pantins, mannequins, bétail humain… Non, je ne sais plus rien ! » murmura-t-elle, désespérée par cette prise de conscience, ne pouvant secouer le sentiment de dégoût et de mépris profonds que lui inspirait maintenant le théâtre ; mais elle décida malgré tout de partir. Advienne que pourra, elle voulait en finir une bonne fois pour toutes et ce le plus rapidement possible, car il lui faudrait partir avant que Grzesikiewicz ne trouve le courage de lui demander sa main.


Les ferments (Fermenty; continuation de La comédienne), Władysław Stanisław Reymont, 1897. Traduction en polonais : Monika Szymaniak.

„Mandaryni”

Simone de Beauvoir i Nelson Algren
Simone de Beauvoir i Nelson Algren

Taksówka mijała mosty, tory, magazyny. Jechała ulicami, przy których wszystkie sklepy należały do Włochów. Zatrzymała się na rogu alei przesiąkniętej zapachem spalonego papieru, mokrej ziemi i biedy. Kierowca pokazał mi drewniany balkon wiszący na ceglanej ścianie.

— To tutaj.

Szłam wzdłuż płotu. Po lewej znajdowała się tawerna oznaczona czerwonym szyldem ze zgaszonymi neonami: „Schlitz”. Po prawej na wielkim plakacie idealna amerykańska rodzina wąchała ze śmiechem talerz owsianki. Ze stojącego przy drewnianych schodach kosza na śmieci ulatniał się dym. Weszłam po schodach na górę. Szklane drzwi na balkonie były zasłonięte żółtą roletą. To musiało być tutaj. Nagle poczułam się onieśmielona. Bogactwo wystawia się zawsze na widok publiczny, bieda to sprawa prywatna. Miałam wrażenie, że jeśli zapukam w szybę, popełnię jakąś niedyskrecję. Niezdecydowana patrzyłam na ceglane mury, obwieszone monotonnie kolejnymi schodami i kolejnymi szarymi balkonami. Ponad dachami dostrzegłam ogromny czerwono-biały walec zbiornika z gazem. Pod stopami miałam kwadrat gołej ziemi, na którym rosło całkiem czarne drzewo i stał mały wiatrak z niebieskimi skrzydłami. Gdy w oddali przejechał pociąg, balkon zadygotał. Zapukałam. W drzwiach pojawił się dość młody i dość wysoki mężczyzna w skórzanej, usztywniającej klatkę piersiową kurtce. Popatrzył na mnie ze zdziwieniem.

— Znalazła pani mój dom?

— Na to wygląda.

Pośrodku żółtej kuchni mruczał czarny piecyk. Wyłożona linoleum podłoga była usłana starymi gazetami. Zauważyłam też, że nie było lodówki. Brogan niepewnym ruchem wskazał na papiery.

— Właśnie robiłem porządki.

— Mam nadzieję, że nie przeszkadzam.

— Ale skąd. — Stał naprzeciw mnie z zakłopotaną miną. — Dlaczego nie chciała pani, żebym przyjechał po panią do hotelu?

— To straszne miejsce.

Na ustach Brogana wreszcie zamajaczył uśmiech.

— To najlepszy hotel w Chicago.

— Właśnie. Za dużo dywanów, za dużo kwiatów, za dużo ludzi, za dużo muzyki, za dużo wszystkiego.

Uśmiech Brogana sięgnął oczu.

— W takim razie proszę tutaj.

Najpierw zobaczyłam meksykański koc i żółte krzesło jak u van Gogha. Później książki, gramofon i maszynę do pisania. Musiało się dobrze mieszkać w tym mieszkaniu, które nie przypominało ani kawalerki estety, ani wzorcowego amerykańskiego domu. Powiedziałam z ożywieniem:

— Przyjemnie tutaj u pana.

— Tak pani sądzi? — Spojrzenie Brogana pytająco błądziło po ścianach. — To nieduże mieszkanie. — Znów chwilę milczał, a potem powiedział pośpiesznie: — Nie chce pani zdjąć płaszcza? Co by pani powiedziała na filiżankę kawy? Mam francuskie płyty, może chciałaby pani posłuchać? Płyty Charlesa Treneta?

Czy to z powodu mruczącego piecyka, czy to dlatego, że na ozłoconej zimnym lutowym słońcem rolecie poruszał się cień czarnego drzewa, pomyślałam sobie od razu, że mogłabym przesiedzieć cały dzień na meksykańskim kocu. Nie po to jednak zadzwoniłam do Brogana, tylko po to, żeby zwiedzić Chicago. Powiedziałam stanowczo:

— Chciałabym zobaczyć Chicago, jutro rano wyjeżdżam.

— Chicago jest duże.

— To proszę mi pokazać choć fragment.

Dotknął swojej skórzanej kurtki i spytał zaniepokojony:

— Powinienem lepiej się ubrać?

— Co za pomysł! Nie znoszę sztywnych kołnierzyków!

Zaprzeczył gorąco:

— Nigdy w życiu nie nosiłem sztywnego kołnierzyka…

Po raz pierwszy nasze uśmiechy się spotkały, ale Brogan nie był jeszcze w pełni uspokojony.

— Nie zależy pani, żeby zobaczyć rzeźnie?

— Nie. Przejdźmy się po ulicach.

Ulic było dużo i wszystkie były do siebie podobne. Stały przy nich sfatygowane domki otoczone nieużytkami próbującymi udawać podmiejskie ogródki. Szliśmy też prostymi, smętnymi alejami. Wszędzie było nam zimno. Brogan z niepokojem łapał się za uszy.

— Już są całkiem sztywne, za chwilę odpadną.

Zlitowałam się nad nim.

— Chodźmy się ogrzać do jakiegoś baru.

Poszliśmy do baru. Brogan zamówił ginger ale, ja burbona. Kiedy wyszliśmy, wciąż było tak samo zimno. Poszliśmy do innego baru i zaczęliśmy rozmawiać.

Po lądowaniu aliantów w Normandii spędził kilka miesięcy w obozie w Ardenach. Zadawał mi mnóstwo pytań na temat Francji, wojny, okupacji, Paryża. Ja też pytałam go o różne rzeczy. Wydawał się cały szczęśliwy, że ktoś go słucha, a jednocześnie zmieszany, że mówi o sobie. Z wahaniem wydobywał z siebie słowa, a później wypowiadał je z takim ożywieniem, że za każdym razem czułam się przez niego obdarowana. Urodził się na południu Chicago. Był synem drobnego sklepikarza finlandzkiego pochodzenia i węgierskiej żydówki. Gdy przyszedł wielki kryzys, miał dwadzieścia lat. Zjeździł całą Amerykę, chowając się w wagonach towarowych. Był komiwojażerem, pomywaczem, kelnerem, masażystą, kopaczem rowów, murarzem, a gdy zaszła potrzeba — włamywaczem. W pewnej zapadłej dziurze w Arizonie, gdzie mył kieliszki, napisał opowiadanie, które wydało mu lewicowe czasopismo. Wtedy napisał kolejne opowiadania. Po sukcesie jego pierwszej powieści wydawca zaczął mu wypłacać pensję, z której żył.

— Chciałabym przeczytać tę książkę — powiedziałam.

— Następna będzie lepsza.

— Ale ta już jest.

Brogan popatrzył na mnie skonsternowany.

— Naprawdę chce ją pani przeczytać?

— Tak, naprawdę.

Wstał i poszedł do telefonu w głębi sali. Po trzech minutach wrócił.

— Książka będzie przed kolacją u pani w hotelu.

— O! Dziękuję! — powiedziałam ciepło.

Wzruszyła mnie żywiołowość jego gestu. To właśnie sprawiło, że od razu wydał mi się sympatyczny — spontaniczność. Nie znał okrągłych frazesów ani rytualnych grzecznościowych formułek. Swoje uprzejmości improwizował i wymyślał na bieżąco, jak czułości. Z początku bawiło mnie, że mam przed sobą modelowego amerykańskiego „lewicowego pisarza–self made mana”. Teraz interesował mnie sam Brogan. Po tym, co opowiadał, widać było, że nie rości sobie wobec życia żadnych praw, a jednocześnie przez cały czas namiętnie pragnie żyć; podobało mi się to — ta mieszanka umiaru i zachłanności.

— Skąd przyszedł panu do głowy pomysł, żeby pisać? — spytałam.

— Zawsze lubiłem druk. Kiedy byłem dzieckiem, robiłem gazetę, wklejając wycinki prasowe do zeszytów.

— Musiały być też inne powody?

Zamyślił się.

— Znam masę różnych ludzi. Mam ochotę pokazać innym, jacy są naprawdę. Słyszy się tyle bzdur. — Zamilkł na chwilę. — Kiedy miałem dwadzieścia lat, zrozumiałem, że wszyscy mnie okłamują i bardzo mnie to zezłościło. Chyba dlatego zacząłem pisać i nadal to robię…

— Nadal czuje pan złość?

— W pewnym sensie — odpowiedział oględnie z niewyraźnym uśmiechem.

— Nie zajmuje się pan polityką?

— Robię niewielkie rzeczy.

W sumie był w tej samej sytuacji co Robert i Henri, jednak znosił to z egzotycznym dla nas spokojem. Pisanie i ujawnianie niesprawiedliwości społecznych w radiu, czasem na mityngach, w zupełności mu wystarczało. Powiedziano mi to już wcześniej: tutaj intelektualiści mogą żyć w spokoju, bo są całkowicie bezsilni.

— Czy ma pan wśród przyjaciół jakichś pisarzy?

— O nie! — żywo zaprzeczył. Uśmiechnął się. — Mam przyjaciół, którzy zaczęli pisać, kiedy zobaczyli, że zarabiam pieniądze, nie robiąc nic poza siedzeniem przed maszyną do pisania. Nie zostali jednak pisarzami.

— Zarobili coś na tym?

Roześmiał się szczerze.

— Jeden wystukał pięćset stron w miesiąc. Musiał słono zapłacić za ich wydanie i żona zabroniła mu próbować dalej. Wrócił do zawodu kieszonkowca.

— To dobry zawód? — spytałam.

— To zależy. W Chicago jest duża konkurencja.

— Zna pan dużo kieszonkowców?

Spojrzał na mnie żartobliwie.

— Z pół tuzina.

— A gangsterów?

Spoważniał.

— Wszyscy gangsterzy to sukinsyny.

Zaczął mi potoczyście tłumaczyć, jaką rolę gangsterzy odegrali w ostatnich latach jako łamistrajki. Potem opowiedział mi mnóstwo historii o ich relacjach z policją, politykami, biznesmenami. Mówił szybko i momentami trudno mi było go zrozumieć, ale jego opowieści były równie pasjonujące, co film z Edwardem Robinsonem. Nagle przestał mówić.

— Nie jest pani głodna?

— Owszem. Teraz gdy mi pan o tym przypomniał, czuję się bardzo głodna — odpowiedziałam. Dorzuciłam wesoło: — Zna pan masę historii.

— O! Nawet gdybym nie znał, coś bym wymyślił — odpowiedział. — Lubię patrzeć, jak pani słucha.

Była prawie ósma. Czas szybko płynął. Brogan zabrał mnie na kolację do włoskiej restauracji. Jedząc pizzę, zastanawiałam się, czemu czuję się przy nim tak swobodnie. Nic prawie o nim nie wiedziałam, a mimo to wcale nie wydawał mi się obcy. Może dlatego, że był biedny i beztrosko znosił swoją biedę. Krochmal, elegancja, dobre maniery — to wszystko stwarza dystans. Kiedy Brogan rozpinał i zapinał skórzaną kurtkę, pod którą miał wyblakły sweter, czułam obok ufną obecność ciała, któremu jest ciepło i zimno — żywego ciała. Sam pastował sobie buty. Wystarczyło na nie spojrzeć, żeby zajrzeć w jego prywatność. Kiedy po wyjściu z pizzerii złapał mnie za ramię, żebym się nie przewróciła na oblodzonej ziemi, jego ciepło od razu wydało mi się znajome.

— Chodźmy! Pokażę pani mimo wszystko kilka fragmentów Chicago — powiedział.

Poszliśmy do klubu burleski i patrzyliśmy na rozbierające się przy muzyce kobiety. Słuchaliśmy jazzu w małym czarnym lokalu z dansingiem. Piliśmy w barze przypominającym noclegownię. Brogan znał wszystkich: pianistę z wytatuowanymi nadgarstkami z klubu burleski, czarnoskórego trębacza z lokalu z dansingiem, kloszardów, czarnych i stare dziwki z baru. Zapraszał ich do naszego stolika, ciągnął za język i patrzył na mnie z uszczęśliwioną miną, bo widział, że się dobrze bawię. Kiedy znów znaleźliśmy się na ulicy, powiedziałam z ożywieniem:

— Zawdzięczam panu swój najlepszy wieczór w Ameryce.

— Jest jeszcze tyle rzeczy, które chciałbym pani pokazać! — powiedział.

Kończyła się noc.

Wiedziałam, że za chwilę wstanie świt i Chicago zniknie na zawsze. Na razie jednak stalowe nadziemne metro przesłaniało nam przeżerającą niebo oblazłą z koloru plamę. Brogan trzymał mnie za ramię. Czarne łukowe przęsła wiaduktu ciągnęły się przed nami i za nami w nieskończoność. Mieliśmy wrażenie, że opasują ziemię i będziemy tak szli całą wieczność.

— Jeden dzień to mało — powiedziałam. — Będę musiała wrócić.

— Niech pani wróci — odpowiedział Brogan. Dorzucił szybko: — Nie chciałbym myśleć, że więcej pani nie zobaczę.

Doszliśmy w milczeniu na postój taksówek. Kiedy zbliżył twarz do mojej twarzy, nie mogłam się powstrzymać, żeby nie odwrócić głowy. Poczułam jednak na ustach jego oddech.


Mandaryni (Les mandarins), Simone de Beauvoir, Gallimard, 1954. Tłumaczenie z francuskiego: Monika Szymaniak.

« La comédienne »

« Portrait d’une femme », Teodor Axentowicz, 1895.
« Portrait d’une femme », Teodor Axentowicz, 1895.

Après le spectacle, Janka se rapprocha de Madame Kręska, qui, dans un moment de faiblesse, lui avoua son secret, caché soigneusement jusque-là, et fit défiler devant elle des mondes si nouveaux, si insolites, si attirants, que son cœur en palpita d’émotion.

Éblouie, Janka sentit naître en elle des désirs nouveaux, plus violents, mais elle ne fut pas encore conquise : ce n’était pas encore ce « quelque chose » qu’elle attendait depuis si longtemps.

Plus tard, elle joua encore plusieurs fois, car la fièvre théâtrale commençait déjà à la consumer.
Elle se mit à lire des critiques de spectacles et des portraits d’acteurs dans la presse. Enfin, poussée par l’ennui ou par un instinct, elle fit venir des œuvres de Shakespeare. À partir de ce moment-là, elle fut perdue.

Avec un recueillement religieux, elle l’écouta parler de la scène, de ses triomphes, des représentations, de la passionnante vie d’acteur. Madame Kręska s’exalta et dépeignit les choses avec enthousiasme ; oublieuse des misères de cette vie, elle ne montra à la jeune fille fascinée que des images radieuses. Ayant sorti de sa malle des cahiers jaunis remplis de ses rôles d’autrefois, elle les lut à haute voix et joua devant elle, enflammée par les souvenirs du passé.

Elle trouva finalement ce « quelque chose », son idole, sa raison d’être, son idéal : le théâtre.

Nature violente, elle avala d’une traite Shakespeare tout entier.

Il aurait fallu beaucoup écrire pour relater, ne serait-ce qu’en résumé, la violente dilatation de l’âme, la folle envolée de l’imagination, l’élargissement intérieur qu’elle ressentit après cette lecture. Un essaim d’esprits – mauvais, nobles, immondes, vulgaires, héroïques ou souffrants, mais toujours grands, d’une race qui avait disparu de ce monde sans laisser de trace – l’entoura. Des sons, des paroles, des pensées et des sentiments si puissants traversèrent son esprit qu’elle eut l’impression de porter en elle l’univers entier.

Ayant lu plusieurs fois ces œuvres immortelles, elle se dit qu’elle deviendrait actrice, qu’elle en deviendrait une à tout prix ; ses activités quotidiennes lui parurent tellement vaines, les gens tellement médiocres qu’elle s’étonna de ne pas s’en être aperçu plus tôt.

Elle se sentit artiste ; un éclair fulgurant l’illumina et l’éveilla ; c’était l’art le bien qu’elle espérait et dont elle rêvait depuis si longtemps.

Elle brûla de la fièvre du théâtre et du désir des sensations extraordinaires.

Les hivers lui parurent trop chauds, les neiges trop petites ; les printemps avançaient trop lentement, les automnes étaient trop secs et pas assez brumeux ; dans sa tête à elle, tout cela était cent fois plus puissant. La beauté, elle la voulait sublime, le mal criminel, l’action titanesque.

– C’est trop peu ! Encore ! – s’écriait-elle en automne, lorsque les grands vents faisaient plier bruyamment les hêtres et que les feuilles tombaient par terre comme des flocons de sang rouge, lorsque les pluies torrentielles continuaient des semaines entières, inondant tous les chemins, tous les canaux et tous les ravins, et que les nuits terrifiaient presque à cause de l’obscurité et du combat forcené des éléments.

Il y avait des jours où tout sur le ciel et sur la terre semblait s’être éteint, effacé, confondu ; seuls grisaillaient les poudres des mondes défaits et une grisaille morne, tenaillant l’âme par la tristesse infinie d’une agonie, suintait de partout et imprégnait le monde. Elle s’enfuyait alors dans la forêt, se couchait sur le bord d’un ruisseau ou sur une colline dépouillée de végétation et, exposée à la pluie, au vent cinglant et au froid, se laissait emporter par son imagination et s’envolait dans les mondes des géants ; elle était heureuse à en perdre conscience. Elle faisait rage avec l’ouragan, qui frappait et affrontait les forêts, qui hurlait et gémissait piteusement sous les branches, comme une bête sauvage entravée.

Elle adorait ces jours et ces nuits, elle raffolait de ces pleurs douloureux déchirants de la nature agonisant dans la boue d’automne. En s’imaginant Lear, en cherchant en vain à dominer de sa voix les hurlements de la tempête et les mugissements de la forêt, elle lançait dans un monde embrumé des malédictions tragiques…

Elle vivait alors la vie des âmes shakespeariennes. C’était, pour ainsi dire, une sublime folie de l’esprit. Elle aima d’une violence absolue ces grands héros tragiques d’œuvres dramatiques.

Orłowski savait quelque chose de sa maladie, mais il en riait avec mépris.

– Comédienne ! – lui jetait-il au visage avec une brutalité qui lui était propre.


La comédienne (Komediantka), Władysław Stanisław Reymont, 1896. Traduction en polonais : Monika Szymaniak.

« La fleur de chou-fleur »

Le silence tomba dans l’appartement des Borejko.

Les bruits s’éteignaient aussi dehors, lentement mais perceptiblement. Dans les rues, l’obscurité s’épaississait, en prenant des teintes bleu marine. Pas la moindre lueur d’un réverbère ne l’éclairait : fin 1977, début 1978, dans tout le pays, on économisait l’électricité. Dans la pièce où se trouvaient Ida et Gabriela, en revanche, la lumière coulait à flots. Ses murs avaient une couleur verte, rendue méconnaissable sous la patine du temps. C’était une pièce haute et étroite, meublée sans conviction. Elle contenait deux divans-lits, une armoire à trois vantaux, un gros bureau, une table et deux chaises rembourrées, tout cela dans le style inimitable des années 1950, très prisé des connaisseurs. Entassés dans l’ancien quatre-pièces des Borejko, ces meubles occupaient quasiment tout l’espace disponible. Ici, dans l’une des trois pièces d’un logement situé dans un respectable immeuble bourgeois construit en 1914, ils dévoilaient en toute candeur leurs charmes modiques.

Quatre sœurs Borejko : Gabriela, Ida, Natalia et Patrycja. Illustration de Małgorzata Musierowicz pour « La fleur de chou-fleur » (1981).
Quatre sœurs Borejko : Gabriela, Ida, Natalia et Patrycja. Illustration de Małgorzata Musierowicz pour « La fleur de chou-fleur » (1981).

Les Borejko avaient emménagé moins de deux mois plus tôt, cédant aux instigations d’une vieille connaissance, Madame Trak, qui, devenue veuve, avait décidé de se trouver un appartement plus petit et plus confortable. Avec leur insouciance habituelle, ils avaient accepté d’échanger leur logement en coopérative contre un vieux logement communal, séduits par l’espoir de payer un loyer plus bas. Sous cet aspect, effectivement, ils y avaient gagné. Mais sous tous les autres, à l’évidence, ils s’étaient fait avoir, leur malchance étant toutefois assez relative, car eux-mêmes ne se croyaient pas du tout victimes. L’appartement était muni de poêles en faïence et chauffé au charbon, qu’il fallait obtenir par la ruse ou par le chantage, stocker à la cave et monter chaque jour dans un seau. Pour les Borejko, pourtant, cet inconvénient n’était qu’une source de consolation et d’émerveillement. Quoi de plus doux, en effet, par un soir glacial d’hiver, que de coller son dos contre un poêle chaud recouvert de beaux carreaux anciens ! Locataires totalement dépourvus du sens des réalités, les Borejko avaient une vision tout aussi déformée du chauffe-eau déglingué (qualifié par eux d’adorable vestige en laiton de l’Art nouveau allemand) qui risquait d’exploser à tout moment dans la salle de bain, des planchers pourris qu’il fallait constamment cirer (c’était si agréable de les entendre craquer sous ses pieds !), des plafonds ornés de stucs et de guirlandes en plâtre, où la poussière s’accumulait de la manière la plus fâcheuse (quel bonheur de se réveiller le matin et de voir une chose pareille au-dessus de sa tête, au lieu d’un plafond en béton armé et de conduits de canalisation !), et cetera, et cetera. Pour couronner le tout, les derniers travaux de rénovation dataient probablement des années 1920.

Cet état de fait ne devait pas changer promptement. Philologue classique et spécialiste en bibliothéconomie, papa Borejko était le dernier homme susceptible de faire fortune. Maman Borejko, qui, ayant mis au monde Natalia, avait quitté son poste d’employée pour se consacrer entièrement aux soins du ménage et à l’éducation de ses filles, fabriquait laborieusement avec sa machine à tricoter des pulls et des bonnets commandés par la coopérative de travail « Aurore », un gagne-pain certes non contraignant, mais fort peu rémunérateur. Heureusement, la famille Borejko était tellement dégoûtée du béton des coopératives d’habitation et des cités résidentielles que le nouvel appartement avait plu à tous, tel qu’il était. Il plaisait d’ailleurs même à des personnes plus pratiques que ses individus fantaisistes. Il suffisait d’y passer une petite demi-heure pour sortir épris du douillet, de l’agrément et du charme indéfinissable émanant de tous les coins et recoins, sans d’ailleurs se rendre compte que tout appartement occupé par cette famille aurait présenté les mêmes caractéristiques et que l’impression de bien-être n’était due ni aux meubles ni aux tapis. C’était douillet, tout simplement, chez ces gens-là – des gens sans richesse, sans aptitude ni ambition à « réussir ». C’est pourquoi les invités des Borejko prolongeaient leurs visites au-delà des heures convenables, certains jusqu’à tard dans la nuit, même si souvent tout ce qu’ils se voyaient servir à manger et à boire était du thé avec des tartines de confiture.


La fleur de chou-fleur (Kwiat kalafiora), Małgorzata Musierowicz, 1981. Traduction du polonais : Monika Szymaniak.

« Le bois de bouleaux »

 

« La mort 2 », Jacek Malczewski, 1917.

« La mort 2 », Jacek Malczewski, 1917.

Il posa ses mains sur le clavier et les regarda machinalement. Puis, il s’aperçut que ses doigts s’étaient beaucoup amincis, qu’ils étaient en fait extrêmement maigres. Rien que cela lui aurait suffi pour savoir qu’il approchait de sa fin, mais il préféra ne pas s’attarder à cette pensée. Au contraire, il se mit à songer à une longue vie.

Puis, il joua sa chanson hawaïenne préférée, celle que l’on jouait lorsqu’il dansait avec miss Simons. Il se souvenait à merveille de ce moment-là. Mais maintenant, il lui arriva ce qui ne lui arrivait que rarement, et uniquement lorsqu’il écoutait un chant exotique. Il ressentit, avec un frisson profond et froid, l’immensité des choses lesquelles il ne verrait jamais.

L’étendue des océans verts, froids, les mers pleines de palmiers et d’îles, les terres glacées et brûlantes. Des femmes dans des ports et dans des villages, des hommes, des hommes, des hommes. Toutes ces personnes qu’il aurait pu connaître, aimer, intéresser. Elles n’étaient pas ici, il ne les rencontrerait jamais. Lorsque cela lui arrivait en Suisse, il effaçait au plus vite les images qui s’éveillaient dans son imagination. « J’aurai beaucoup plus dans la vie », se disait-il. Or, maintenant, il savait qu’il n’aurait dans la vie rien de plus que le corps d’une femme très simple, et un déluge de mondes inconnus, impossibles à exprimer, s’abattait sur lui, en le noyant et en l’empêchant de respirer. Combien de tout cela se cachait dans un simple air hawaïen, qu’il tirait d’un vieux piano avec des mouvements sommaires de ses doigts ! Non seulement il ne connaîtrait jamais ces mondes, mais en plus, ce qui rendait le supplice encore plus cruel, il ne pourrait même pas exprimer le frisson qu’ils lui procuraient. Il sentit l’immensité de la nature, l’horreur de ses lois inexorables, sa grandeur et son indifférence. Cette indifférence le fit tressaillir. Il eut froid, malgré la chaleur, ses cheveux se dressèrent ; il mourait à petit feu, et la nature ne ferait rien, rien, rien absolument, pour changer cela, elle le regardait mourir, indifférente. Des milliards d’autres avant lui étaient morts tout aussi jeunes. Il se releva et fit claquer le couvercle du piano. Il s’effraya. Réveillée par sa musique, Ola, pâle, se tenait dans l’encadrement de la porte. Elle était comme hypnotisée.

Il la prit par la main, l’entraîna sur son lit et, rapidement, d’une voix fatiguée, lui parla de nouveau d’une éclipse de Lune dans les montagnes, d’un disque rouge mort suspendu au-dessus des sommets glacés. Du sentiment d’espace qu’inspire l’ombre de la Terre projeté sur la Lune. Des étoiles, qui semblent alors plus grandes, plus enfoncées dans un ciel noir glacé. Du hurlement, dans les montagnes, de chiens qui ont peur. Du bruissement éternel de torrents et de chutes d’eau, qui, indifférents à tout, peu à peu, effritent d’énormes rochers et les emportent dans les vallées. Face au grand jeu des éléments, la vie humaine n’est pas grand-chose.

Ola ne comprit rien et prit peur devant ses propos. Staś répéta nerveusement : « Je sais, tu ne comprends rien, mais ce n’est rien ». Puis, il la laissa seule sur le lit et parcourut la pièce en se cognant contre le piano. La petite, hérissée, se tenait assise, en serrant dans sa main le bras d’une poupée déplumée.

« Cela ne fait rien si tu ne comprends pas, ce n’est pas grave, répéta Staś. C’est que moi, je n’ai personne à qui le dire, et quand je serai en terre, tu te souviendras, quand tu auras grandi, tu te souviendras. Seulement ne te souviens pas la nuit, car tu ne dormirais pas.

Puis, il continua : « Ou peut-être que tu dormiras. Les gens dorment malgré les choses terribles qui les entourent, les arbres, les nuages, les animaux. Mais cela ne leur fait rien, ils dorment… »


Le bois de bouleaux (Brzezina), Jarosław Iwaszkiewicz, 1932. Traduction du polonais : Monika Szymaniak.

« Août »

En juillet, mon père allait aux eaux, en nous laissant, ma mère, mon frère aîné et moi, livrés en proie à l’étourdissante incandescence des jours d’été. Grisés de lumière, nous fouillions dans le grand livre des vacances, dont chaque page brillait d’un éclat flamboyant et renfermait, cachée tout au fond, sucrée à faire défaillir, la chair des poires dorées.

« Nature morte aux pastèques », Józef Pankiewicz, 1920.

« Nature morte aux pastèques », Józef Pankiewicz, 1920.

Les matins lumineux, telle Pomone, Adèle revenait du feu ardent du jour et vidait son panier contenant toutes les beautés multicolores du soleil : des cerises luisantes, regorgeant d’eau sous une peau translucide, des griottes noires mystérieuses, dont la senteur surpassait tout ce qui aurait pu se matérialiser dans la saveur, des abricots, dont la chair dorée cachait l’essence des après-midis sans fin ; puis, à côté de cette poésie pure des fruits, elle étalait des morceaux de viande débordant de sèves puissantes et nourricières, avec leurs claviers de côtes de veau, et des algues de légumes, pareilles à des céphalopodes et à des méduses morts – ces matériaux bruts du déjeuner, au goût encore informe et fade, ces ingrédients végétaux et telluriques du déjeuner, à l’odeur sauvage et champêtre.

Chaque jour, tout le superbe été traversait notre appartement sombre au premier étage d’une maison de la place du marché : le silence des anneaux aériens vibrants, les carreaux de clarté rêvant leurs rêves enflammés sur le plancher ; la mélodie d’un orgue de Barbarie jaillissant de la veine dorée la plus profonde du jour ; deux ou trois mesures d’un refrain joué et rejoué au loin au piano, évanouies de chaleur sur les trottoirs blancs, perdues dans les flammes du jour profond. Après avoir fait le ménage, Adèle tirait les rideaux en toile et plongeait les pièces dans l’ombre. Les couleurs baissaient alors d’une octave et la pièce, emplie d’ombre, comme noyée dans la lumière des profondeurs marines, projetait un reflet encore plus vague sur les miroirs verts, tandis que la grande chaleur du jour s’essoufflait sur les rideaux, qui ondulaient légèrement aux rêveries de l’heure de midi.

Samedi après-midi, j’allais me promener avec ma mère. Nous quittions la pénombre du vestibule pour plonger directement dans le bain du jour ensoleillé. Les passants marchaient dans l’or, les yeux plissés par le soleil ardent, comme collés avec du miel, la lèvre supérieure retroussée, les gencives et les dents découvertes. Ils marchaient dans le jour doré, tous avec cette grimace caniculaire empreinte sur le visage, avec ce même masque imposé par le soleil à ses adorateurs, ce masque d’or d’un ordre solaire ; jeunes et vieux, femmes et enfants, tous déambulaient dans les rues, se croisaient, se saluaient, en se présentant ce masque peint à gros traits d’or sur le visage, en se montrant les dents dans cette grimace bachique, en arborant cet insigne barbare d’un culte païen.

Désertée et jaunie par la chaleur torride, la place du marché, d’où les vents brûlants avaient balayé toute la poussière, ressemblait au désert biblique. Dans le vide de la place jaune poussaient des acacias épineux, bouillonnant de feuillages clairs, de bouquets de filigranes verts, finement entrelacés, pareils aux arbres de vieilles tapisseries. Agitant théâtralement leurs couronnes, ils semblaient affecter le grand vent, pour exhiber, dans des courbures pathétiques, leurs éventails feuillus élégants aux dessous argentés comme des fourrures de renardes nobles. Polies par les vents d’une multitude de jours, les vieilles demeures se teignaient de reflets de la grande atmosphère, d’échos, de réminiscences de couleurs, virevoltant dans les profondeurs du temps diapré. Des générations entières de jours d’été, comme des stucateurs patients ravalant de vieilles façades couvertes du moisi des plâtres, semblaient dégarnir les maisons d’un glacis mensonger, pour faire apparaître peu à peu leur vrai visage – la physionomie des vies et destinées qui les avaient modelées de l’intérieur. Les fenêtres, aveuglées par la réverbération de la place déserte, sommeillaient ; les balcons faisaient au ciel l’aveu de leur néant ; les vestibules ouverts sentaient la fraîcheur et le vin.


« Août » („Sierpień”), Les boutiques de cannelle (Sklepy cynamonowe), Bruno Schulz, 1934. Traduction du polonais : Monika Szymaniak.

„Jules i Jim”

« Jules et Jim » Henri-Pierre RochéByło to koło roku 1907.

Przybyły do Paryża z obcego kraju mały, okrągły Jules poprosił dużego, chudego Jima, którego ledwie znał, żeby wprowadził go na Bal des Quat’z’Arts*, a Jim zdobył dla niego legitymację i zabrał go do wypożyczalni kostiumów. Sympatia Jima do Jules’a zrodziła się w chwili, gdy Jules ostrożnie przeglądał kostiumy i wybierał dla siebie skromny strój niewolnika. Na balu, gdzie Jules stał spokojnie z wielkimi jak spodki, pełnymi rozbawienia i tkliwości oczami, jeszcze wzrosła.

Nazajutrz odbyli swoją pierwszą prawdziwą rozmowę. Jules nie miał w Paryżu przyjaciółki, a pragnął mieć. Jim miał niejedną. Poznał Jules’a z młodą muzyczką. Początki wydawały się obiecujące. Jules był przez tydzień odrobinę zakochany, ona też. Później Jules uznał ją za zbyt intelektualną, a ona jego za ironicznego i beznamiętnego.

Jules i Jim widywali się każdego dnia. Do późna w nocy uczyli się wzajemnie swojego języka i swojej literatury. Pokazywali sobie swoje wiersze i wspólnie je przekładali. Dyskutowali niespiesznie, a żaden nie miał wcześniej równie uważnego słuchacza. Wkrótce stali klienci baru zaczęli posądzać ich o swobodne obyczaje.

Jim zabierał Jules’a do uczęszczanych przez sławy kawiarni literackich. Jules zyskiwał tam sobie uznanie, co cieszyło Jima. Do jednej z takich kawiarni przychodziła dobra znajoma Jima — ładna osóbka o nonszalanckim sposobie bycia, która w Halach** trzymała się na nogach dłużej niż poeci, nawet do szóstej nad ranem. Swoimi względami obdarzała na krótko i z wysoka. We wszystkim, co robiła, zachowywała niczym nieskrępowaną swobodę i błyskotliwy, cięty dowcip. Zaczęli wychodzić we troje. Jules, którego zbijała z pantałyku, wydał się jej miły, lecz nieco ociężały umysłowo. Ona zaś wydała się Jules’owi nietuzinkowa, lecz przerażająca. Przyprowadziła swoją dobroduszną koleżankę, która dla Jules’a okazała się jednak zbyt dobroduszna.

W tej sytuacji Jim nie mógł zrobić dla Jules’a nic więcej. Wymógł na nim, aby zaczął szukać sam. Jules, być może skrępowany swoją wciąż niedoskonałą znajomością francuskiego, nadal ponosił porażki. Jim powiedział Jules’owi:

— To nie kwestia języka. — I wyłożył mu pokrótce swój pogląd na sprawę.

— Równie dobrze mógłbyś mi pożyczyć swoje buty albo bokserskie rękawice — odpowiedział Jules. — I jedno i drugie jest dla mnie za duże.

Jules, wbrew opinii Jima, zaczął korzystać z usług profesjonalistek, nie znajdując w tym jednak przyjemności.

Pozostały im przekłady i rozmowy.


*Bal des Quat’z’Arts („Bal Czterech Sztuk”) — zabawa organizowana w latach 1892–1966 przez studentów architektury, malarstwa, rzeźby i grafiki Państwowej Wyższej Szkoły Sztuk Pięknych w Paryżu. (Przyp. tłum.)

**Na terenie paryskich hal targowych od połowy XIX do połowy XX wieku toczyło się intensywne życie nocne, a czynne całą dobę kawiarnie i restauracje były miejscem spotkań nie tylko handlarzy, ale i artystów. (Przyp. tłum.)


Jules i Jim (Jules et Jim), Henri-Pierre Roché, Gallimard, 1953. Tłumaczenie z francuskiego: Monika Szymaniak.

« La hacherade »

Une photo du film « La hacherade » (« Siekierezada »)

Edward Żentara (Jan Pradera) dans le film « La hacherade » (1985) de Witold Leszczyński.

Quelques jours passèrent, comme l’écrivent les romanciers. De cette manière, avec une seule phrase, ils croient régler la question de ces jours-là, question que, quels qu’ils soient, d’ailleurs, ces jours-là – sans couleur, sans contenu, sans amour, à la limite –, il est impossible de régler d’une seule phrase, d’un seul trait, d’un petit geste de la main, d’un mouvement léger et gracieux, comme on prend un chat pour le mettre sur ses genoux. Et moi, qu’est-ce que je fais, moi, sinon la même chose ? Mais, moi, au moins, cette phrase, elle me fait rire : « quelques jours passèrent » ! Je dirais même plus : elle me peine, elle m’outrage terriblement cette phrase-là. Comment ça ? « Quelques jours passèrent », et voilà, un point c’est tout. Comme si de rien n’était. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Ou pour cracher un pépin. Alors que moi… ô toi, Branche de pommier ! ô vous, terribles taillis ! que de fois, pendant ces quelques jours, n’avais-je pas agonisé, n’étais-je pas mort, n’étais-je pas ressuscité ? combien de besogne n’avais-je pas abattue sur l’aire de coupe, combien de sueur n’avait-elle pas coulé sur mon front ? combien de milliers de pensées n’avaient-elles pas traversé ma tête, tantôt en un rai de lumière clair et clément, tantôt en un terrible rai d’ombre sombre et torrentueux, serrant mon front d’un bandeau noir livide, voire trouant, trépanant mon crâne claquant ? que de fois, dis-je, pendant ces quelques jours, n’étais-je pas mort et n’étais-je pas ressuscité ? n’étais-je pas tombé sur les genoux et ne m’étais-je pas relevé de mon tomber sur les genoux ? ne m’étais-je pas envolé vers les domaines du bleu et ne m’étais-je pas enfoncé dans le fond des profondeurs ? ne m’étais-je pas abîmé dans les flots et n’avais-je pas émergé, si bellement, sur la crête de la vague, tel l’écume, tel un sourire vainqueur, pour redescendre et remonter de nouveau, encore et encore…

Quelques jours passèrent. Bref, je l’écris, cette phrase-là, mais si je le fais, je le fais non pas d’un mouvement léger de la main, d’un petit geste sympa, comme on prend un chat pour le mettre sur ses genoux. Je l’écris, cette phrase, ce « quelques jours passèrent », avec une extrême douleur, avec désespoir, car je n’ai pas de force pour les décrire, ces quelques jours-là, avec toute l’exactitude, toute la beauté et toute la terreur qu’ils méritent. Il n’a tout simplement plus de forces, celui qui en fait ici l’aveu. S’il ne vivait que la vie, il en aurait sûrement plus, de la force. Or, la vie, il la vit, oui, mais il vit aussi la mort – et comment ! ô combien il vit la mort ! ; l’éternité aussi, il la vit, l’éternité qui est entre la vie et la mort ; et l’amour aussi, il le vit, l’amour qui est au-dessus de tout ça, l’amour absolu pour toi, il le vit, petite fille, sans savoir du tout d’où lui viennent des forces pour vivre tout ça. Des fois, pourtant, il est fatigué. C’est-à-dire que, fatigué, il l’est toujours, mais des fois il est terriblement fatigué. Tellement fatigué en fait qu’il a l’impression qu’il va y passer. Qu’il va claquer, qu’il n’existe plus, qu’il ne vit plus. Mais non. Il est bien là, envers et contre tout, encore et toujours. Suspendu à la mèche de cheveux qui tombe sur tes yeux, que tu ne repousses pas derrière l’horizon en pente raide de ta petite tête.


La hacherade ou lhiver des gens de la forêt (Siekierezada albo zima leśnych ludzi), Edward Stachura, Czytelnik, 1971. Traduction du polonais : Monika Szymaniak.